ChatGPT invente des décisions de justice : les juges sanctionnent

Rédigé par : Marcy Foucard

Validé par : Le Comité Légal de Zorrooo

Une décision qui n’existe pas. Une citation exacte en apparence. Un raisonnement parfaitement présenté. Puis un juge qui cherche la source et ne trouve rien. Les décisions fictives produites par l’intelligence artificielle ont déjà conduit à une sanction judiciaire. Une référence plausible ne dispense pas de lire le document original.

Intelligence artificielle et fausses jurisprudences

Réponse rapide. Ouvrez la décision originale, vérifiez la citation et le droit applicable. Une réponse cohérente produite par une IA ne démontre ni l’existence d’un arrêt ni la justesse de sa portée.

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Le faux procès à 250 millions n’a pas résisté à la vérification

Une histoire spectaculaire circulait : celle d’un PDG ayant remplacé ses avocats par ChatGPT avant de perdre un procès à 250 millions de dollars. Aucun jugement primaire identifiable ne permet de l’établir. Nous ne la publierons donc pas comme un fait. Mais la réalité vérifiée est déjà suffisamment inquiétante.

Dans l’affaire Mata v. Avianca, en 2023, des avocats avaient cité des décisions fictives générées par ChatGPT. Le tribunal a sanctionné ce dépôt : un cas documenté, qui ne mesure pas la fréquence de ces erreurs dans les autres juridictions. Une référence peut aussi pointer vers une vraie décision tout en lui attribuant une règle qu’elle ne contient pas : le contrôle humain doit porter sur le passage original, pas seulement sur le nom de l’affaire.

L’IA ne ment pas comme un humain. Elle produit du plausible sans savoir si c’est vrai.

Une affaire vérifiée, un risque toujours actuel

Dans Mata v. Avianca, le tribunal fédéral de New York a prononcé le 22 juin 2023 une sanction de 5 000 dollars à l’encontre des avocats et du cabinet concernés par le dépôt de décisions fictives produites avec ChatGPT. Il s’agit d’une décision américaine, pas d’une règle de sanction française automatique.

Une étude de recherche publiée le 12 août 2026 examine un autre piège : une référence peut renvoyer à une vraie décision tout en ne soutenant pas le passage invoqué. Ce travail évalue des modèles dans un protocole particulier ; il ne mesure ni tous les outils ni tous les dossiers. Son intérêt pratique est de rappeler qu’ouvrir la référence ne suffit pas : il faut lire le passage et contrôler son sens.

Pourquoi le droit est un terrain à haut risque

Un modèle de langage ne consulte pas automatiquement une base juridique à jour. Il prédit une suite de mots. Il peut produire un nom d’affaire crédible, un numéro de dossier vraisemblable et une citation parfaitement formatée. Ce qui ressemble à une recherche peut n’être qu’une reconstruction statistique.

ChatGPT invente des décisions de justice : les juges sanctionnent : repères et démarches
Ouvrir la décision, lire le passage cité et vérifier sa portée. Source : Apurv Verma, « Is this Citation on Point? », étude déposée le 12 août 2026. Ce travail de recherche ne mesure pas tous les outils ni tous les dossiers.

Or, en droit, une nuance change tout : la juridiction, la date, la procédure, le pays, la version du texte, les faits ou la portée exacte de la décision. Un arrêt réel peut être cité pour une proposition qu’il ne contient pas. Une règle peut avoir été modifiée. Une décision peut avoir été infirmée. Le danger n’est donc pas seulement l’invention totale. C’est la demi-vérité juridiquement fausse.

L’IA peut assister. Elle ne peut pas endosser la responsabilité.

L’intelligence artificielle a une place dans le travail juridique. Elle peut aider à résumer un dossier, comparer des clauses, structurer une chronologie, reformuler un courrier ou faire émerger des pistes de recherche. Des outils spécialisés relient désormais leurs réponses à des bases documentaires identifiables.

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Mais trois contrôles restent non négociables : ouvrir la source originale, vérifier que la citation dit réellement ce qu’on lui fait dire et contrôler que le texte est toujours applicable. Aucun bouton « générer » ne remplace cette chaîne.

Pour un particulier, le risque est encore plus direct. Un courrier produit par une IA peut donner une impression d’autorité tout en invoquant le mauvais article ou la mauvaise procédure. Il peut aussi faire manquer un délai. Utiliser ChatGPT pour préparer ses questions peut être utile. Lui confier seul sa stratégie juridique ne l’est pas.

La bonne question n’est plus : « l’IA ou le juriste ? »

La bonne question est : qui vérifie, qui décide et qui répond en cas d’erreur ? L’IA peut accélérer la première lecture. Le professionnel contextualise, contredit, hiérarchise et engage sa responsabilité. Ce n’est pas une rivalité. C’est une frontière.

Sur Zorrooo, une première réponse est gratuite et les personnes peuvent être orientées vers des professionnels vérifiés. L’IA peut ouvrir une piste. Le droit commence lorsque quelqu’un vérifie où elle mène.

À lire également : l’entretien avec Joris Griot sur la nécessité de rendre le droit compréhensible.

Sources et repères officiels

Mata v. Avianca — décision du 22 juin 2023, texte reproduit par Berkeley Law

Étude de recherche du 12 août 2026 — limites de la vérification des citations

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Auteur/autrice

  • Marcy Foucard est étudiant en droit et contributeur de Zorrooo. Il s'intéresse notamment aux enjeux de propriété intellectuelle, de LegalTech et d'innovation juridique.