Alerte canicule! Vous travaillez par 38 °C dans un bureau mal climatisé, sur un chantier en plein soleil, ou en livraison à vélo sur les grands boulevards ? Bonne nouvelle : la loi française a changé.
Depuis le 1ᵉʳ juillet 2025, vos droits sont plus précis, plus forts, et beaucoup plus actionnables qu’avant.
Ce guide vous dit tout, sans jargon, avec les bons réflexes à avoir et les démarches qui marchent.

Une histoire vraie pour commencer
Imaginez la scène. Toulouse, été 2025, vigilance rouge canicule sur la Haute-Garonne. La station de Toulouse-Blagnac affiche 41,5 °C. Sur un chantier de réhabilitation, un manœuvre de 52 ans porte des sacs de plâtre depuis trois heures sans pause. Il s’effondre.
Cette scène est composite. Pas un fait divers.
Mais des médecins du travail, des inspecteurs et des conseillers prud’homaux la décrivent chaque été.
Et c’est précisément pour éviter ces drames que la loi française vient de muscler ses protections.

Ce que dit la loi française aujourd’hui
Pas de température maximale légale. C’est important de le savoir : aucun article du Code du travail ne dit « au-delà de tant de degrés, c’est interdit de travailler ». Le législateur a fait le choix de la généralité plutôt que du chiffre.
Mais une obligation très forte pesant sur l’employeur. L’article L. 4121-1 du Code du travail tient en une phrase :
« L’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. »
Cette obligation est ce qu’on appelle une « obligation de sécurité ». Si votre employeur n’a pas pris les bonnes mesures et qu’un accident arrive, sa responsabilité est en jeu, même sans faute caractérisée de sa part. C’est le grand apport des sept arrêts amiante de la Cour de cassation du 28 février 2002.

Le grand changement : le décret du 27 mai 2025
C’est l’événement juridique qu’il faut retenir. Le décret n° 2025-482, publié au Journal officiel du 1ᵉʳ juin 2025 et entré en vigueur le 1ᵉʳ juillet 2025, impose désormais à votre employeur huit catégories de mesures concrètes dès qu’une vigilance jaune, orange ou rouge canicule est déclenchée par Météo-France.
Concrètement, votre employeur doit :
- Évaluer le risque chaleur dans le Document Unique (DUERP) ;
- Aménager les locaux et adapter les horaires ;
- Réduire le rayonnement solaire (ombre, pare-soleil, tentes) ;
- Augmenter les quantités d’eau fraîche disponibles ;
- Fournir des équipements adaptés (vêtements légers, casquettes, gants ventilés) ;
- Informer et former les équipes sur les signes du coup de chaleur ;
- Organiser les secours et le signalement des malaises ;
- Adapter les mesures à mesure que la chaleur monte.
À noter. Pour les chantiers BTP, l’article R. 4534-143 impose un minimum de 3 litres d’eau par jour et par travailleur lorsque l’eau courante n’est pas accessible.
Important. Une avancée discrète mais énorme : depuis 2025, la canicule entre enfin dans le régime du chômage-intempéries BTP. Si votre chantier est arrêté à cause d’une vigilance orange ou rouge, vous percevez une indemnité de 75 % de votre salaire horaire brut. Plus besoin de justificatif individuel.

Vos droits si vous êtes salarié
1. Vous pouvez exiger de l’eau et de l’ombre
L’article R. 4225-2 du Code du travail, récrit en 2025, oblige votre employeur à mettre à disposition de l’eau potable et fraîche, à proximité immédiate du poste. Pour les postes extérieurs, l’aménagement doit désormais permettre une protection effective. Les mots « dans la mesure du possible » qui figuraient avant ont été supprimés.
2. Vous avez un droit de retrait
L’article L. 4131-1 vous donne un pouvoir que peu de salariés connaissent : le droit de retrait.
« Le travailleur […] peut se retirer d’une [situation présentant un danger grave et imminent]. »
À 41 °C sur un chantier sans ombre et sans eau fraîche, le motif est rarement contestable.
Aucune sanction et aucune retenue sur salaire ne peuvent vous être appliquées si le retrait est fondé (article L. 4131-3).
Attention. Pour bien exercer ce droit :
- Alertez immédiatement votre employeur (par écrit si possible : email, SMS, WhatsApp horodaté) ;
- Documentez la situation (photo du thermomètre, conditions de travail) ;
- Ne créez pas un danger pour vos collègues en partant.
3. La faute inexcusable de l’employeur
Si vous, ou un représentant du personnel, avez signalé le risque chaleur et qu’un accident arrive ensuite, la faute inexcusable de l’employeur est automatique (article L. 4131-4). Cela double potentiellement votre indemnisation devant la Sécurité sociale.

Et si vous êtes auto-entrepreneur ou livreur de plateforme ?
C’est le grand angle mort. Les coursiers Uber Eats, Deliveroo, les livreurs Stuart, les VTC : techniquement, vous n’avez pas d’employeur. Le Code du travail ne s’applique pas directement.
Mais. La Cour de cassation a ouvert la voie à la requalification. Les arrêts Take Eat Easy du 28 novembre 2018 et Uber du 4 mars 2020 ont reconnu, dans certains cas, l’existence d’un lien de subordination caché derrière le statut d’indépendant. Si vous êtes en réalité dépendant d’une seule plateforme, qui fixe vos horaires, vos tarifs, votre itinéraire, vous pouvez demander la requalification de votre relation en contrat de travail. Et faire jouer toute la protection chaleur derrière.
Bon à savoir. Cette requalification se fait au cas par cas, souvent après un accident. Mieux vaut anticiper. Un expert juridique sur Zorrooo peut analyser votre situation gratuitement en 30 minutes.

Comment agir concrètement ?
Étape 1 — Documentez la situation
- Photographiez le thermomètre, votre poste de travail, l’absence d’eau ou d’ombre ;
- Notez les horaires, la durée d’exposition, vos symptômes éventuels (maux de tête, nausées, vertiges) ;
- Conservez toutes les communications avec votre employeur (emails, messages).
Étape 2 — Alertez par écrit
Envoyez un email à votre employeur en rappelant :
- L’article L. 4121-1 (obligation de sécurité) ;
- Le décret 2025-482 (mesures obligatoires en cas de vigilance) ;
- Les mesures que vous estimez insuffisantes ou absentes.
Mettez en copie le service de prévention et de santé au travail.
Étape 3 — Saisissez l’inspection du travail
Si rien ne bouge sous 48 heures et que la chaleur persiste, contactez la DREETS de votre département. C’est gratuit, anonyme si vous le souhaitez, et redoutablement efficace.
Étape 4 — Faites-vous accompagner
Pour les situations complexes (accident déjà survenu, refus de l’employeur de reconnaître ses torts, requalification de contrat plateforme), déposez votre dossier sur Zorrooo. Un expert juridique vous répond gratuitement sous 30 minutes en moyenne. Pour les litiges sous 5 000 €, l’accompagnement est plafonné à 100 €.
Accès : zorrooo.com

Et demain ? Trois propositions pour faire évoluer la loi
Le décret de 2025 est un progrès. Il reste imparfait. Trois pistes mériteraient d’être débattues.
Un plafond thermique chiffré. L’INRS recommande de ne pas dépasser 30 °C en travail sédentaire et 28 °C en travail physique. Ce ne sont que des repères. La Californie, le Colorado, l’Oregon et l’Espagne ont franchi le pas : seuils contraignants chiffrés, sanctions à la clé. La France pourrait suivre.
Un droit au télétravail canicule automatique. Aucune obligation n’existe aujourd’hui. Pourquoi ne pas créer une présomption simple, limitée aux postes télétravaillables, dès la vigilance orange ? Coût quasi nul. Bénéfice immédiat : moins de RER bondés à 38 °C, moins de bureaux étouffants.
Une présomption automatique de faute inexcusable sous vigilance rouge. Aujourd’hui, encore faut-il qu’un signalement préalable existe. Demain, un accident lié à la chaleur sous vigilance rouge sans plan canicule documenté pourrait déclencher la faute automatique. Cohérent avec l’esprit de la loi du 9 avril 1898, qui a inventé, il y a 128 ans, la responsabilité de l’employeur fondée sur le risque.

En résumé : les bons réflexes
- Sachez que l’obligation de sécurité de votre employeur existe, même sans seuil chiffré (art. L. 4121-1) ;
- Le décret du 27 mai 2025 impose 8 catégories de mesures concrètes dès la vigilance Météo-France ;
- Vous avez droit à de l’eau fraîche, de l’ombre, des pauses, une information ;
- Vous pouvez vous retirer d’une situation de danger grave et imminent (art. L. 4131-1) ;
- Si vous êtes livreur de plateforme, la requalification est possible ;
- En cas de manquement, documentez, alertez, saisissez l’inspection du travail ;
- Pour vous faire accompagner, déposez votre dossier sur Zorrooo.

La parole est à vous
Faut-il un plafond thermique chiffré identique partout, ou laisser chaque branche négocier ?
Le télétravail canicule doit-il devenir un droit automatique ?
La présomption automatique de faute inexcusable est-elle un progrès ou un excès ?
Réagissez en commentaire.
Le droit, c’est aussi cela. Une conversation qui ne s’arrête jamais.
Maître Christophe Boeraeve, Avocat : cboeraeve@law-right.com
Cet article a une vocation pédagogique et prospective. Il ne constitue pas un avis juridique individualisé. Pour toute situation concrète relevant du droit français, déposez votre dossier sur Zorrooo ou consultez moi.